Le 163 est sorti du chantier Karéna en 1993, construit par Michel Moal. Son histoire est documentée comme peu d’autres, puisque son premier propriétaire, Marc Bellec, en a tenu le journal — Les cahiers de Marc, publiés sur ce site.
Tout commence aux régates de Carantec, un dimanche de mi-septembre 1992. Marc y observe les Cormorans en course et croise fortuitement Michel Moal et Louis Sibiril, venus l’un et l’autre juger du comportement des unités sorties de leur chantier. Ce qu’il retient de la dernière production Karéna : le contre-moulage intérieur, les bancs vernis, une finition qui atteste de la maturité de la série. Le dimanche 6 septembre, par ouest force 6/7, il voit le bateau tenir la mer. La décision est prise : la saison suivante, il ne sera plus spectateur mais concurrent.
Suit une longue attente. Livraison annoncée pour février, puis repoussée ; visites hebdomadaires au chantier, tantôt photographe, tantôt observateur, « pour rappeler à Michel que j’existe ». Puis tout s’accélère : le 8 mai, les premières lignes sont tracées dans le moule ; le 7 juin, la coque est démoulée, Marc y assiste.
Mise à l’eau le vendredi 27 août 1993. Retenu à Paris par son travail, il n’arrive que le soir — le coup d’œil, avec le clocher du Kreisker en toile de fond, lui suffit. Le lendemain, tour de l’île Callot par vent de force 2 à 3, Michel Moal à bord, face au 70 et au 106. Premières heures de barre : la moindre sollicitation de barre ou d’écoute, et le bateau répond avec une douceur qui le stupéfie.
Marc le baptise Lady Soizic, du prénom de son épouse — celle qui, écrit-il, s’est toujours montrée compréhensive envers les relations coupables qu’il entretenait avec la mer, sa rivale.
Après sa disparition, le bateau passe à la famille Begasse et devient Kurun ar Brest. En août 2025, Christophe Begasse me le cède.
Il porte aujourd’hui le nom de Fulupig, en mémoire de mon frère Philippe. Le mot dit aussi le petit moineau : un oiseau modeste au milieu des cormorans, ça me va bien. Je suis très fier de le faire naviguer à nouveau en baie de Morlaix, là où il est né.
Pierre de Varax, propriétaire depuis août 2025.
Fulupig au championnat de France 2026, à Térénez.
Championnat de France 2026 : passage devant le Château du Taureau, avec le 263 et le 319.